Dans cet article
- Une migration cloud réussie passe par 5 étapes structurées : audit, choix du modèle, planification, migration et optimisation
- Les entreprises réduisent leurs coûts d’infrastructure de 20 à 40 % en moyenne après migration vers le cloud
- Il existe 4 types de services cloud principaux : IaaS, PaaS, SaaS et FaaS à choisir selon vos besoins
- La phase d’audit représente environ 15 à 20 % du budget total du projet de migration
- Un plan de rollback doit être prévu pour chaque composant migré afin de limiter les risques
- Le délai moyen d’une migration complète varie de 3 à 12 mois selon la complexité de l’infrastructure existante
Sommaire
- Comprendre ce qu’est une infrastructure dans le cloud
- Les 4 types d’infrastructure cloud à connaître
- Étape 1 : auditer votre infrastructure existante
- Étape 2 : choisir le bon modèle de déploiement cloud
- Étape 3 : planifier la migration et définir les priorités
- Étape 4 : exécuter la migration par lots progressifs
- Étape 5 : optimiser et sécuriser votre infrastructure cloud
- Exemples concrets d’infrastructure cloud en production
- Les erreurs courantes à éviter lors de la migration
Migrer son infrastructure dans le cloud est devenu un passage obligé pour toute organisation qui souhaite gagner en agilité et en performance. En tant que formatrice BTS SIO et développeuse, j’accompagne régulièrement des équipes dans cette transition. Je constate que la réussite dépend moins de la technologie choisie que de la méthodologie appliquée. Dans cet article, je vous détaille les 5 étapes clés qui structurent une migration réussie, avec des conseils pratiques tirés de mon expérience terrain.
Comprendre ce qu’est une infrastructure dans le cloud
Une infrastructure in cloud désigne l’ensemble des ressources informatiques (serveurs, stockage, réseau, logiciels) mises à disposition via internet par un fournisseur tiers. Contrairement à une infrastructure physique traditionnelle où vous possédez et gérez vos propres serveurs, le cloud vous permet de consommer ces ressources à la demande, selon un modèle de facturation à l’usage.
Concrètement, au lieu d’acheter un serveur à 5 000 euros et de le maintenir pendant 5 ans, vous louez de la puissance de calcul chez un fournisseur comme AWS, Azure ou OVHcloud. Cette approche transforme vos dépenses d’investissement (CAPEX) en dépenses opérationnelles (OPEX), ce qui offre une flexibilité budgétaire considérable.

Les composants principaux d’une infrastructure cloud comprennent :
- Les serveurs virtuels (instances de calcul) qui exécutent vos applications
- Le stockage distribué (blocs, objets, fichiers) pour vos données
- Les réseaux virtuels qui interconnectent vos ressources de manière sécurisée
- Les services managés (bases de données, files de messages, CDN) qui simplifient l’exploitation
Si vous souhaitez approfondir les aspects financiers de cette transition, je vous recommande mon article sur les coûts et avantages comparés d’une infrastructure cloud.
Les 4 types d’infrastructure cloud à connaître
Avant de lancer votre migration, vous devez comprendre les différents modèles de services cloud disponibles. Chacun correspond à un niveau d’abstraction et de responsabilité différent.
| Type de service | Vous gérez | Le fournisseur gère | Exemple d’usage |
|---|---|---|---|
| IaaS (Infrastructure as a Service) | OS, applications, données | Serveurs physiques, réseau, virtualisation | Héberger un serveur web personnalisé |
| PaaS (Platform as a Service) | Applications, données | OS, runtime, middleware, infrastructure | Déployer une application Node.js sans gérer le serveur |
| SaaS (Software as a Service) | Configuration, données utilisateur | Tout le reste | Utiliser un CRM comme Salesforce |
| FaaS (Function as a Service) | Code des fonctions | Exécution, scaling, infrastructure | Traiter un événement avec AWS Lambda |
En complément des types de services, il existe 4 types de déploiement pour votre infrastructure cloud :
- Cloud public : ressources partagées entre plusieurs clients (AWS, Azure, GCP)
- Cloud privé : infrastructure dédiée à une seule organisation
- Cloud hybride : combinaison de cloud public et d’infrastructure sur site
- Multi-cloud : utilisation de plusieurs fournisseurs cloud simultanément
Le choix entre ces modèles dépend de vos contraintes réglementaires, de votre budget et de vos compétences internes. Selon les recommandations de la CNIL sur le cloud computing, les données sensibles nécessitent des garanties particulières en matière de localisation et de protection.
Étape 1 : auditer votre infrastructure existante
La première étape, souvent négligée, consiste à dresser un inventaire exhaustif de votre infrastructure actuelle. Sans cette cartographie précise, vous risquez de sous-dimensionner vos ressources cloud ou d’oublier des dépendances critiques.
Voici ce que je recommande de documenter systématiquement :
- La liste de tous vos serveurs avec leurs spécifications (CPU, RAM, stockage)
- Les taux d’utilisation réels sur les 3 derniers mois (pas les capacités théoriques)
- Les dépendances entre applications et services
- Les flux réseau internes et externes
- Les contraintes de latence et de bande passante
- Les exigences réglementaires liées aux données hébergées
Pour réaliser cet audit, des outils comme Azure Migrate, AWS Migration Hub ou CloudHealth permettent de scanner automatiquement votre infrastructure et de générer des recommandations de dimensionnement. Je constate que la plupart des organisations découvrent à cette étape qu’elles n’utilisent que 20 à 30 % de leurs capacités serveur, ce qui représente un gaspillage considérable.
Si votre infrastructure repose sur des conteneurs, pensez à documenter vos configurations réseau. Mon guide sur les configurations réseau Docker Compose peut vous aider à formaliser cette partie.
Étape 2 : choisir le bon modèle de déploiement cloud
Une fois l’audit terminé, vous disposez d’une vision claire de vos besoins. Il faut maintenant choisir le modèle qui correspond à votre situation. Ce choix impacte directement vos coûts, votre niveau de contrôle et votre capacité à évoluer.
Je vous conseille d’évaluer chaque fournisseur selon ces critères :
- Localisation des datacenters : pour la latence et la conformité RGPD
- Catalogue de services : bases managées, services IA, outils DevOps disponibles
- Modèle de tarification : à la demande, instances réservées, spot
- Support et SLA : temps de réponse garanti, disponibilité contractuelle
- Écosystème et communauté : documentation, formations, intégrateurs locaux

Pour une PME française avec des données personnelles à traiter, je recommande souvent de commencer par un fournisseur européen comme OVHcloud ou Scaleway, qui offrent des garanties de souveraineté. Pour les projets nécessitant des services avancés (machine learning, IoT), les hyperscalers comme AWS ou Azure restent incontournables.
La stratégie de migration elle-même suit généralement l’un des modèles suivants, appelés les « 6R » :
- Rehost (lift and shift) : déplacer tel quel vers le cloud
- Replatform : adapter légèrement pour profiter des services managés
- Refactor : réécrire en architecture cloud-native
- Repurchase : remplacer par une solution SaaS
- Retain : conserver sur site temporairement
- Retire : décommissionner les applications obsolètes
Étape 3 : planifier la migration et définir les priorités
La planification est l’étape qui distingue une migration chaotique d’une migration maîtrisée. Vous devez établir un calendrier réaliste, identifier les dépendances et prévoir les scénarios de repli.
Je recommande de classer vos applications en trois vagues :
- Vague pilote : 1 à 2 applications non critiques pour valider vos processus
- Vague intermédiaire : applications métier importantes mais avec des alternatives de secours
- Vague finale : applications critiques, bases de données principales, systèmes de production
Pour chaque composant, documentez :
- La fenêtre de maintenance acceptable (temps d’indisponibilité toléré)
- Le plan de rollback détaillé en cas de problème
- Les critères de validation post-migration
- Les responsables techniques et métier impliqués
Un point souvent sous-estimé concerne la gestion des données pendant la transition. Pour une base de données de 500 Go, le transfert peut prendre plusieurs heures. Il faut prévoir un mécanisme de synchronisation continue (réplication) pour éviter toute perte de données entre le début du transfert et la bascule finale.
Si vous utilisez des conteneurs pour empaqueter vos applications, la migration devient plus fluide. Consultez mon article sur la configuration de Docker Compose pour structurer correctement vos déploiements.
Étape 4 : exécuter la migration par lots progressifs
L’exécution doit suivre rigoureusement le plan établi. Je préconise une approche par lots progressifs plutôt qu’une migration « big bang » qui multiplie les risques.
Voici le processus que j’applique pour chaque lot :
- Provisionner l’environnement cible : créer les ressources cloud (VPC, sous-réseaux, groupes de sécurité)
- Déployer l’application : installer et configurer sur l’infrastructure cloud
- Migrer les données : transférer et synchroniser les bases de données
- Tester fonctionnellement : valider que l’application fonctionne correctement
- Tester la performance : vérifier les temps de réponse et la montée en charge
- Basculer le trafic : rediriger les utilisateurs vers la nouvelle infrastructure
- Surveiller activement : monitorer pendant 48 à 72 heures après bascule
Pour l’automatisation du déploiement, des outils d’Infrastructure as Code comme Terraform ou Ansible sont indispensables. Ils permettent de reproduire votre infrastructure de manière identique entre les environnements de test et de production.

Concernant la sécurité réseau pendant la migration, la mise en place d’un firewall adapté entre votre infrastructure sur site et le cloud est essentielle pour protéger les flux de données en transit.
Si vous hésitez entre différentes solutions de conteneurisation pour vos déploiements cloud, mon comparatif Podman vs Docker vous aidera à faire le bon choix.
Étape 5 : optimiser et sécuriser votre infrastructure cloud
La migration n’est pas une fin en soi. Une fois vos services opérationnels dans le cloud, le travail d’optimisation continue commence. C’est à cette étape que vous concrétisez réellement les économies promises.
Les axes d’optimisation prioritaires sont :
Optimisation des coûts :
- Activer l’auto-scaling pour adapter les ressources à la charge réelle
- Utiliser des instances réservées pour les charges prévisibles (économie de 30 à 60 %)
- Programmer l’extinction des environnements de développement la nuit et le week-end
- Mettre en place des alertes budgétaires pour éviter les surprises
Renforcement de la sécurité :
- Appliquer le principe du moindre privilège sur tous les accès (IAM)
- Chiffrer les données au repos et en transit systématiquement
- Configurer la journalisation centralisée de tous les événements
- Réaliser des tests d’intrusion réguliers sur l’infrastructure
Pour la gestion des identités, le déploiement d’une solution comme Keycloak avec Docker permet de centraliser l’authentification sur l’ensemble de vos services cloud.
Selon les bonnes pratiques de l’ANSSI en matière de sécurité informatique, le chiffrement et la segmentation réseau constituent les deux piliers fondamentaux de la protection d’une infrastructure cloud.
Exemples concrets d’infrastructure cloud en production
Pour illustrer ces concepts, voici des exemples d’infrastructure cloud que je rencontre régulièrement dans mes missions :
Application web classique (PME) :
- 2 instances de calcul derrière un load balancer
- 1 base de données managée (PostgreSQL) avec réplication
- 1 CDN pour les fichiers statiques
- Stockage objet pour les sauvegardes
- Coût mensuel : 150 à 300 euros
Plateforme e-commerce (ETI) :
- Cluster Kubernetes avec auto-scaling (3 à 15 nœuds)
- Base de données distribuée multi-zones
- Cache Redis managé pour les sessions
- File de messages pour le traitement asynchrone des commandes
- Coût mensuel : 2 000 à 5 000 euros
Infrastructure data/analytics (grand groupe) :
- Data lake sur stockage objet (plusieurs pétaoctets)
- Cluster Spark managé pour le traitement batch
- Streaming temps réel avec Kafka managé
- Environnements de machine learning dédiés
- Coût mensuel : 15 000 à 50 000 euros
Ces exemples montrent que l’infrastructure cloud s’adapte à toutes les tailles d’organisation. L’important est de dimensionner correctement dès le départ et d’ajuster ensuite en fonction des métriques réelles. Pour les architectures conteneurisées, la compréhension des différences entre net et network dans Docker Compose est essentielle pour structurer vos déploiements.
Les erreurs courantes à éviter lors de la migration
Après avoir accompagné plusieurs dizaines de migrations, j’ai identifié les erreurs récurrentes qui mettent en péril les projets :
1. Négliger la formation des équipes
Migrer vers le cloud sans former vos administrateurs système revient à leur donner un outil qu’ils ne maîtrisent pas. Prévoyez un budget formation représentant 10 à 15 % du coût total du projet. Les certifications cloud (AWS Solutions Architect, Azure Administrator) constituent un bon point de départ.
2. Sous-estimer les coûts de transfert de données
L’ingress (données entrantes) est généralement gratuit, mais l’egress (données sortantes) est facturé. Une application qui transfère 10 To par mois peut générer des frais de 800 à 1 200 euros uniquement pour le trafic sortant.
3. Ignorer la dépendance au fournisseur (vendor lock-in)
Utiliser des services propriétaires facilite le développement mais complique un éventuel changement de fournisseur. Privilégiez les standards ouverts (Kubernetes, PostgreSQL, S3-compatible) quand c’est possible.
4. Migrer sans observabilité
Si vous ne pouvez pas mesurer les performances avant et après migration, vous ne pouvez pas prouver le succès du projet. Mettez en place monitoring, alerting et dashboards avant la première migration.
5. Oublier la gouvernance
Sans règles claires sur qui peut créer quelles ressources, les coûts explosent. Définissez des politiques de nommage, de tagging et de budget dès le premier jour. L’approche recommandée par le ministère de l’Économie pour les entreprises insiste sur la gouvernance comme facteur de succès.
Pour ceux qui se lancent dans une carrière DevOps ou cloud, une alternance informatique en Île-de-France permet d’acquérir cette expérience terrain indispensable.
À retenir
- Réalisez un audit complet de vos ressources avec mesure des taux d’utilisation réels avant toute migration
- Choisissez votre stratégie parmi les 6R (rehost, replatform, refactor, repurchase, retain, retire) pour chaque application individuellement
- Migrez par lots progressifs de 1 à 3 applications en commençant par les moins critiques
- Prévoyez un plan de rollback documenté et testé pour chaque composant migré
- Activez l’auto-scaling et les alertes budgétaires dès le premier jour pour maîtriser les coûts
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une infrastructure dans le cloud ?
Une infrastructure dans le cloud désigne l’ensemble des ressources informatiques (serveurs, stockage, réseau, logiciels) fournies à la demande via internet par un prestataire. Au lieu de posséder vos propres serveurs physiques, vous louez de la puissance de calcul et du stockage chez un fournisseur comme AWS, Azure ou OVHcloud, avec une facturation à l’usage.
Quels sont les 4 types d’infrastructure cloud ?
Les 4 types d’infrastructure cloud sont le cloud public (ressources mutualisées chez un fournisseur), le cloud privé (infrastructure dédiée à une seule organisation), le cloud hybride (combinaison de cloud public et d’infrastructure sur site) et le multi-cloud (utilisation simultanée de plusieurs fournisseurs cloud pour éviter la dépendance).
Quels sont les exemples d’infrastructure cloud ?
Les exemples courants incluent : des serveurs virtuels (EC2 chez AWS, VM chez Azure), du stockage objet (S3, Blob Storage), des bases de données managées (RDS, Cloud SQL), des réseaux virtuels (VPC), des services de conteneurs (EKS, AKS), des CDN pour la diffusion de contenu, et des services serverless (Lambda, Cloud Functions).
Quels sont les 4 types de services cloud ?
Les 4 types de services cloud sont l’IaaS (Infrastructure as a Service) qui fournit les ressources brutes, le PaaS (Platform as a Service) qui gère aussi l’OS et le runtime, le SaaS (Software as a Service) qui livre une application prête à l’emploi, et le FaaS (Function as a Service) qui exécute du code à la demande sans aucune gestion de serveur.
Combien coûte une migration d’infrastructure vers le cloud ?
Le coût d’une migration varie selon la taille de l’infrastructure : comptez entre 5 000 et 20 000 euros pour une PME (5 à 10 serveurs), et entre 50 000 et 200 000 euros pour une ETI (50+ serveurs). Ce budget inclut l’audit, la planification, l’exécution technique, la formation des équipes et l’optimisation post-migration.
Combien de temps dure une migration vers le cloud ?
La durée dépend de la complexité : une migration simple (lift and shift de quelques serveurs) prend 1 à 3 mois. Une migration complète avec refactoring d’applications peut s’étendre sur 6 à 12 mois. La phase d’audit et de planification représente généralement 30 à 40 % de la durée totale du projet.
Formatrice IT indépendante depuis 2016, ancienne étudiante BTS SIO SLAM. 6 ans d'expérience en entreprise.